La bande dessinée, c'est raconter avec des images et des mots. Pour un enfant, c'est un terrain de jeu idéal : on expérimente, on rit, on ose. En fabriquant une petite BD, l'enfant apprend à organiser ses idées, à choisir ce qui est important et à le montrer clairement. Bonne nouvelle : pas besoin d'être « bon en dessin ». On a surtout besoin d'une histoire, de cases bien pensées et de bulles lisibles. Prêt·e à lancer l'atelier ? Pendant l'atelier, dis ce que tu fais et demande toujours à l'enfant d'expliquer ses choix : c'est de la narration.
Les bases de la narration visuelle (pour enfant et adulte accompagnateur)
Comprendre une page de BD : cases, bulles, cartouches, onomatopées
Une case est une petite fenêtre de l'histoire. Plusieurs cases créent une planche. Les bulles contiennent les paroles ou pensées. Les cartouches donnent des infos (« Le lendemain... »). Les onomatopées imitent les sons : BAM, CRAC, CHUT. Règle d'or : on lit de gauche à droite, de haut en bas. Si on respecte ce sens de lecture, le lecteur ne se perd pas.
Le mini-récit en 3 actes : situation -> problème -> résolution
Un récit court fonctionne très bien avec trois étapes : 1) on présente le héros et l'objectif ; 2) un obstacle arrive ; 3) quelque chose change et l'histoire se résout. Exemple : « Lila veut préparer un gâteau (acte 1). La farine disparaît (acte 2). Le chat révèle sa cachette secrète ; tout le monde cuisine des crêpes à la place (acte 3). » Simple, logique, satisfaisant.
Le rythme : tailles de cases et mises en scène
De petites cases créent de la vitesse ; une grande case ralentit, impressionne. On peut utiliser une page gaufrier (grille régulière) pour débuter, puis jouer avec des cases plus hautes ou plus larges pour souligner un moment important. Astuce enfant : dessiner d'abord la grille, puis raconter.
Matériel simple pour démarrer
Indispensables
Feuilles A4 ou un cahier, un feutre noir fin, un crayon, une gomme, des crayons de couleur. C'est tout. Avec ça, on peut faire une BD lisible et jolie.
En bonus
Gabarits de planches, règle, feutres pinceau, papier bristol plus épais, et pourquoi pas des étiquettes autocollantes pour les bulles. Mais : minimal est suffisant.
Étapes pas à pas : de l'idée à la planche
1) Trouver l'idée : six amorces rapides
- Si... un objet parlait ? (une trousse magique)
- Et si un animal devenait héros ? (une fourmi détective)
- Changement : et si tout se passait à l'envers ?
- Mission : sauver, livrer, retrouver, réparer.
- Émotion : un personnage a très peur, très faim, très sommeil.
- Lieu spécial : école de nuit, musée vivant, planète sucrée.
Demande à l'enfant de choisir une amorce et de compléter en une phrase. Cette phrase deviendra le pitch. Pour débloquer l'imagination, pioche aussi dans des jeux de dessin pour stimuler l'imagination.
2) Créer des personnages attachants
On remplit une mini fiche perso : nom, but, défaut rigolo, signe distinctif (écharpe rouge, casquette). Pose ces questions : « Que veut ton héros ? Qu'est-ce qui l'empêche d'y arriver ? Qui l'aide ? » Plus c'est clair, plus le découpage est facile. Les enfants adorent incarner leurs héros : inspire-toi de ces jeux de rôles enfants pour donner de la voix et des attitudes aux personnages.
3) Storyboard et découpage en cases
Avant la « belle page », on fait un storyboard rapide au crayon, comme des petits croquis. Quatre formats simples :
- Strip 4 cases : idéal pour 6-8 ans.
- Page 6 cases : deux rangées de trois.
- Splash : une très grande image pour un moment clé.
- Double page : pour un petit cliffhanger chez les 9-12 ans.
Chaque case doit contenir une action claire. Si on en met trop, on fractionne en davantage de cases.
4) Cadrage et plans faciles
Varie les plans pour donner de la vie : plan large pour situer, plan rapproché pour l'émotion, gros plan pour le détail important, plongée pour rendre un personnage petit, contre-plongée pour le rendre héroïque. Astuce : commence par un plan large, puis rapproche-toi lorsque l'action s'intensifie. Pour s'entraîner, on peut s'inspirer d'un atelier photo enfants (cadrage et plans) : même logique de point de vue !
5) Écrire les dialogues
Les bulles guident la lecture. Évite les phrases trop longues. Utilise différentes bulles : parole, pensée, chuchotement (pointillés), cri (bulle éclatée). Répartis le texte pour laisser « respirer » l'image. Place la bulle au-dessus des têtes pour éviter de cacher les expressions. Les expressions et la voix peuvent être travaillées avec des activités de théâtre enfant.
6) Dessin, encrage, couleur : l'ordre qui rassure
Ordre simple : crayon léger -> encrage au feutre -> gommage -> couleur. Contrastes nets = lisibilité. Préfère peu de couleurs mais cohérentes. Les enfants adorent ajouter des détails ; rappelle la priorité : le lecteur doit comprendre l'action sans effort. Pour prendre confiance, vois apprendre à dessiner pour enfants et révise les contrastes avec apprendre les couleurs (contrastes lisibles).
7) Lettrage clair et joli
Écris en lettres bâton, régulières. Laisse des marges dans la bulle. Si le texte déborde, agrandis la bulle plutôt que de rétrécir les lettres. Pour les onomatopées, joue avec la taille : un petit « toc toc » n'a pas le même effet qu'un énorme « BOUM ». C'est la musique de la BD. Chez les plus jeunes, le lettrage soutient l'entrée dans l'écrit : voir préparer à la lecture-écriture en GS.
Variantes par âge et adaptations
3-5 ans (maternelle) : BD muette et pictogrammes
Les plus jeunes racontent très bien sans texte. Propose une suite d'images simples : début, problème, solution. On peut coller des pictogrammes (soleil, coeur, flèche) et des gommettes sons (PAF, MIAM). L'adulte reformule à voix haute : « Donc, le doudou s'est caché, tu le cherches, puis tu le retrouves. » Pour accompagner le langage, voir développer le langage oral en maternelle.
6-8 ans (cycle 2) : strip de 4-6 cases
On privilégie un objectif clair et un obstacle visuel. Les bulles sont courtes, les onomatopées nombreuses. On peut introduire la structure en 3 actes : case 1-2 = situation, 3-4 = problème, 5-6 = résolution.
9-12 ans (cycle 3) : intrigue courte et petites ellipses
On ajoute des ellipses (« plus tard... »), un cliffhanger en fin de page, un personnage secondaire utile. On peut travailler le point de vue : raconter l'histoire du côté du chat, puis de l'enfant.
10 jeux express pour libérer l'imagination
- Cadavre exquis dessiné : chacun dessine une case sans voir la précédente.
- Photo -> BD : transformer une photo de famille en strip humoristique.
- 1 objet = 1 histoire : l'objet devient narrateur.
- Dés à histoires : lancer, combiner, inventer.
- BD minute : trois cases, trois minutes, une émotion.
- Remix de contes : « Le Petit Poucet... dans l'espace ! »
- Téléphone illustré : on se passe la page, chacun ajoute une case.
- Dominos d'onomatopées : chaque case doit justifier un son tiré au sort.
- Labo d'émotions : une même scène en joie, colère, surprise.
- Cases à trous : bulles vides à compléter au feutre.
Pour encore plus d'idées ludiques directement liées à la BD, vois ces jeux BD pour enfants.
Thèmes et scénarios prêts à l'emploi
- Animaux super-héros : un hamster timide sauve la récré.
- Mystère à l'école : qui a emprunté la craie dorée ?
- Planète étrange : la gravité change toutes les cinq minutes.
- Cuisine magique : une spatule commande les ingrédients.
- Sport catastrophe : un ballon capricieux décide du match.
- Musée vivant : les tableaux chuchotent des indices la nuit.
Pour chaque thème, invite l'enfant à noter : Qui veut quoi ? Qu'est-ce qui bloque ? Qu'est-ce qui change ?
Organiser un atelier sans stress (solo, fratrie, groupe)
Timing type 45-60 min
- 5 min : choisir le thème et rédiger le pitch.
- 10 min : fiche perso + storyboard.
- 25 min : dessin, encrage, couleur.
- 10 min : lecture à voix haute et mini expo.
Différenciation et coopération
On peut créer des binômes : l'un écrit, l'autre dessine ; puis on inverse. On propose des gabarits pour ceux qui en ont besoin. Les plus rapides ajoutent une page bonus ou colorient les onomatopées. Pour trouver des formats adaptés au groupe, explore ces idées d'atelier de dessin enfant.
Feedback bienveillant
Utilise une petite grille : Clair (je comprends sans explication), Cohérent (chaque case suit la précédente), Créatif (idée originale, émotions visibles). On félicite d'abord, puis on donne un seul conseil d'amélioration.
Aller plus loin : partager et remixer
- Imprimer/relier : plier l'A4 en livret, agrafer, ajouter une couverture avec titre et auteur.
- Expo maison/école : coller à hauteur d'yeux, prévoir des étiquettes « Mon passage préféré » pour les visiteurs.
- BD numérique : photographier les planches, ajouter le texte avec une appli simple.
- Flipbook & stop motion : animer une courte scène pour comprendre le mouvement.
Mini anecdotes pédagogiques
- La bulle qui déborde : Jules écrivait de grands discours. On a joué au « texte qui respire » : il a transformé trois longues phrases en quatre bulles courtes. Sa page est devenue lisible en un clin d'oeil.
- La case spectaculaire : Inès aimait dessiner tout petit. On lui a proposé une splash pour le moment « dragon ». Elle a osé une case géante : effet waouh garanti.
- Le héros qui hésite : Sam finissait rarement ses histoires. On a préparé la structure en trois post-it avant de dessiner. Il a bouclé son strip et en a lancé un deuxième !
Conseils de lisibilité à rappeler aux enfants
- Une case = une action.
- Les bulles en haut, les pieds des personnages en bas.
- Les flèches de bulles pointent vers la bouche.
- Le lecteur doit toujours savoir qui parle et où on est.
- Peu de couleurs mais contrastées ; éviter d'écrire sur une zone sombre.
- Relire à voix haute : si on bute, on simplifie.
Conclusion
Créer sa propre BD, c'est apprendre à raconter. Les enfants adorent parce que tout est visible : émotions, actions, sons. Avec une méthode claire -- idée, personnages, storyboard, cases, bulles, couleur -- chacun peut réussir. Pour entretenir l'élan, propose un rituel : une planche par semaine, un samedi sur deux, ou une « BD minute » chaque soir. À force de raconter, on lit mieux, on écrit mieux, on ose plus. À toi de jouer : quelle sera la première case ?
FAQ -- Questions fréquentes
Combien de cases pour une BD d'enfant ?
Pour débuter, 4 à 6 cases suffisent. L'important est que chaque case montre une action claire, du début à la fin.
Comment expliquer les bulles ?
Une bulle sert à parler ; une bulle en nuage sert à penser ; une bulle en pointillés sert à chuchoter. On place la bulle au-dessus du personnage.
Et si l'enfant dit « je ne sais pas dessiner » ?
On rappelle que la BD est d'abord une histoire. On peut utiliser des formes simples, des bonshommes « patates », ou des pictogrammes ; l'essentiel est la compréhension.
Quelle taille de texte dans une bulle ?
On écrit en lettres droites, pas trop serrées. S'il n'y a plus de place, on agrandit la bulle. Mieux vaut plusieurs bulles courtes qu'une énorme bulle illisible.
Comment éviter les crises pendant l'atelier ?
On fixe un temps court par étape, on valorise chaque effort, on propose des choix limités (« Tu préfères la planète ou le musée ? »), et on montre des exemples simples.
Quels bénéfices scolaires ?
La BD entraîne le séquencement, le vocabulaire, la compréhension fine, l'expression d'émotions, la coopération et la prise de parole.
Peut-on faire une BD sans texte ?
Oui, surtout avec les 3-5 ans. On raconte tout par l'image et les onomatopées ; l'adulte met des mots à l'oral si besoin.
Où trouver un gabarit de page ?
Un quadrillage 2 × 3 cases tracé à la règle suffit. On peut aussi plier la feuille pour marquer les zones.

